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Rachel 

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merci ARRB pour ce beau travail !

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C.G JUNG, PSYCHOLOGIE DE L'INCONSCIENT

PSYCHOLOGIE DE L INCONSCIENT

Carl Gustav Jung

(1916)

 

 

Voici un résumé de l'ouvrage de C.G Jung, psychologie de l'inconscient. Je me suis applique à en garder l'essence et le style en sélectionnant tout les passages permettant de suivre le déroulement de la pensée de l'auteur. J'ai repris ces passages tels quels, afin de conserver le sens le plus proche de l'original. J'ai laissé de coté les études de cas, redondances et références « superflues ».

 

 

 

CHAPITRE PREMIER : LA PSYCHANALYSE

 

Ce dont le malade souffre, c'est de son âme, de son âme dans ses fonctions les plus élevées et les plus délicates, que l'on ose à peine rattacher encore au domaine de la médecine En présence de tels troubles, le médecin doit être aussi un psychologue, c'est à dire un connaisseur de l’âme humaine.

 

Avant d'aborder l’étude de notre sujet, il faut le situer par rapport à la science jusqu'alors régnante

Les premiers travaux dans ce domaine ne suscitèrent qu'un faible écho, bien qu'apportant une conception toute nouvelle des névroses Les publication suivante de Freud passèrent complètement inaperçues bien qu'elles apportassent des observations d'une importance inestimable.

On savait déjà du temps de Charcot que le symptôme névrotique est psychogene, c'est à dire qu'il est engendré par le psychisme. On savait aussi grâce aux travaux de l’École de Nancy, que n'importe quel symptôme hystérique peut être provoqué par suggestion. Également, on avait des connaissances assez précises, grâce aux recherches de Janet, sur les conditionnements psychomécaniques des manifestations déficitaires hystériques, comme les anesthésies, les parésies, les paralysies et les amnésies.

Mais on ignorait le genre de filiation et les modalités du rapport de cause à effet qui reliaient l’âme d'un malade avec son symptôme hystérique : les voies de la causalité psychique étaient totalement inconnues.

 

C'est alors aux environs de 1880 que le docteur Breuer fit une découverte qui constitua le point de départ de la nouvelle psychologie. A cette époque, l'on essayait d'expliquer ces perturbations par des théories anatomiques. La symptomatologie de l’hystérie est remplie d'impossibilités anatomiques. Par expérience, certaines affectation de l’ouïe, ou certaines cécité, démontrèrent que malgré leur objectivité, elles n’étaient en rien liées à des défauts anatomiques.

A partir d'un grand nombre d'observations, on était arrivé à la conclusion que seul le conscient du malade ne voit pas (cf.cecité) alors que la fonction sensorielle s'exerce par ailleurs de façon normale. Cet état de chose est en contradiction directe avec la nature même d'une perturbation organique,qui toujours atteint la fonction elle-même.

 

Breuer avait remarqué que l’état du malade se trouvait amélioré pour quelques heures chaque fois qu'il l'avait laissé raconter toutes les réminiscences ou fantasmes qui assaillaient son esprit. Celle ci baptisa ce traitement du nom de « Talking-cure », cure de conversation en français.

Certains troubles apparaissant en l'occasion d'une scène, d'un événement précis (ceux là même se trouvant améliores lors de sceance de talking cure) il en fut déduit une conception du choc traumatique, nervous shock.

 

De là naquit la doctrine dite »traumatique » pour laquelle le symptôme hysterique et l'hysterie elle-même proviennent de blessures psychologiques (traumata) dont l'impression persiste à l’état inconscient pendant de nombreuses années. Cela fut amplement confirmé, et il apparut qu'aucun des innombrable symptômes hystériques ne se développe au hasard, mais qu'il est toujours causé par des événements psychiques.

 

L'X, l'inconnue de l’équation, c'est la prédisposition. Tel malade est précisément prédisposé a ces manifestations.

 

Le problème avec lequel Freud se trouvait des lors confronté était : en quoi consiste cette prédisposition ? Cette façon d'envisager leproblemeamena logiquement à rechercher quel avait été l’état du malade avant le traumatisme. Car on a souvent l'occasion d'observer, au cours de scènes dramatiques de l'existence, combien les intéresses réagissent différemment à une même cause ; on sait que des choses qui sont indifférentes ou même agréables aux uns, peuvent susciter une profonde horreur aux autres...

 

On est force d'en conclure que manifestement l’intensité d'un traumatisme ne possède en elle même qu'un rôle pathogène assez secondaire ; ce sont des circonstances particulières qui confèrent, pour un sujet donné, sa signification de choc émotif à l’événement traumatisant. Autrement dit, ce n'est pas le »shock » en soi qui est pathogène de façon immuable, pour qu'il le soit il doit rencontrer une disposition psychique particulière, celle-ci, entre autre, peut constituer dans le fait que le malade inconsciemment attribue au choc une signification spécifique.

 

Le traumatisme auquel on attribue l'action pathogène n'est en réalité autre chose qu'une circonstance particulière à l'occasion de laquelle se manifeste un élément psychologique dont le malade, jusque là, n'avait pas conscience,à savoir un important conflit érotique.

On nous réplique souvent : mais pourquoi faut-il donc toujours que ce soit un conflit de nature précisément érotique qui détermine la névrose et non pas, peut être, un conflit d'une autre nature ?

La réponse : personne ne peut prétendre qu'il en soit forcement ainsi, c'est uniquement l’expérience qui montre que les choses se passent fréquemment de la sorte. L'amour avec ses problèmes et ses conflits joue un rôle essentiel dans la vie humaine, et une investigation approfondie et soigneuse révèle toujours que ce rôle est d'une importance beaucoup plus grande pour l’intéressé qu'il ne le soupçonne lui même.

 

La théorie traumatique a donc été abandonnée des qu'elle fut dépassée. Des qu'on sut que la névrose a des racines moins dans un traumatisme que dans un conflit érotique caché, on cessa d'attribuer au seul traumatisme la dignité pathogène.

 

CHAPITRE 2 : LA THEORIE DE L'EROS

 

La notion même de traumatisme se trouvait dépassée. Mais du coup la recherche se trouvait confronté avec le problème du conflit érotique. Avant tout, il est surprenant et presque incroyable que seule l’apparence trompeuse doive être consciente,tandis que la véritable passion reste cachée et échappe à la personne qui l’éprouve.

 

Si nous nous efforçons de formuler ce fait de façon théorique, nous arrivons à la proposition suivante : dans la névrose il y a deux tendances qui sont diamétralement opposées et dont l'une est inconsciente. Le conflit pathogène, tout en étant un concours de circonstances personnelles, est en même temps un conflit commun à toute l'humanité, qui se dévoile au sein de l'individu.

Car un des signes distinctifs de l'homme civilisé est, en toute généralité, la désunion existant au sein de lui même : le névrose ne constitue qu'un cas d’espèce de l'homme civilisé en désaccord avec lui même, du seul fait qu'il doit concilier en lui nature et culture.

Comme on le sait, le processus même de la civilisation consiste en un domptage progressif de tout ce qu'il y a d’animalité dans l'Homme;il s'agit bel et bien d'une domestication qui ne saurait aller sans révolte de la part de sa nature animale, assoiffée de liberté.

 

Nous savons également que ce n'est point toujours la nature instinctive, animale qui se heurte aux contraintes de la civilisation, créant ainsi la désunion avec soi même que l'individu perçoit au sein de son existence ; souvent il s'agit d'idées nouvelles qui jaillissent impétueusement hors de l'inconscient, qui s'opposent tout autant que les instincts aux normes de la culture régnante

Le névrosé participe sans en être conscient aux courants contemporains régnants, dont il donne une image et une expression dans ses propres conflits. La névrose, c'est la désunion existentielle en soi même. Chez la plupart, le motif du désaccord est que le conscient voudrait rester fidèle à son idéal moral alors que l'inconscient tend vers son idéal immoral, le conscient s’efforçant de le nier.

Ceci dit, le conflit peut aussi se présenter en sens contraire.

 

La question qui préside à la technique psychanalytique est celle ci : Par quel procède arriverai-je le plus vite et le mieux à connaître chez un malade les déroulements inconscients ?

La méthode initiale était une méthode hypnotique. Une seconde fut la méthode dites des associations. Mais la méthode la plus importante est, comme Freud l'a montrée, l'analyse des rêves.

 

Nous utilisons les rêves en tant qu'expression de l'inconscient : il doit nous révéler les secrets qui échappent au conscient. Le rêve manifeste, c'est à dire le rêve tel que nous nous le remémorons est, d’après la conception de Freud, la façade, qui tout d'abord ne laisse rien deviner de l’intérieur de l’édifice, mais au contraire le dissimule avec le plus grand soin grâce à la prétendue censure du rêve.

Mais si, en observant certaines techniques, nous invitons le rêveur à parler librement et si nous le laissons nous communiquer les idées qui lui viennent spontanément à l'esprit à propos des différents éléments de son rêve, il apparaît bientôt que les associations s'orientent vers certaines directions et sont centrées autour de certains sujets pour lui d'une haute portée personnelle.

Le conglomérat spécifique de pensées et de sentiments au sein duquel se nouent tous les fils du rêve constitue dans le conflit recherché, dans ses nuances personnelles et dans les variantes des circonstances particulières de la vie du sujet.

 

Selon Freud, il existe également des désirs inconscients, incompatible de nature avec les idées-forces de la conscience diurne. Il est des désirs infiniment pénibles que l'on ose même pas s'avouer à soi même, et ce sont précisément ceux là que Freud tient pour les générateurs essentiels des rêves.

En apparence, le rêve manifeste ne procède en rien de l'accomplissement d'un désir, il exprime plutôt une appréhension ou un souci, donc exactement le contrainte de l'impulsion inconsciente que l'on soupçonne. On sait bien qu'un soucis exagéré doit souvent, à bon droit, etre soupçonné du contraire de ce qu'il exprime.

 

Nous savons qu'une certaine couche de l'inconscient contient toutes les réminiscences qui échappent à la remémoration et , en outre, tout ce qui, en fait d'impulsion infantiles, ne saurait trouver d'utilisation dans une vie plus adulte.

Les possibilités d'expression dont dispose l'inconscient sont constitués en grande partie des réminiscences des premières années de la vie.

Quand on suit pas à pas l'histoire d'une névrose, on trouve régulièrement dans la vie du sujet un moment critique au cours duquel surgit un problème que le sujet n'a pas accueilli mais qu'il a tenté d'esquiver.

 

Le rêve s'occupe souvent de détails apparemment ineptes, et il nous apparaît souvent, de ce fait, fort ridicule. Ou bien il est par son extérieur tellement incompréhensible qu'il excite tout au plus notre étonnement. A cause de cette première impression qu'il nous donne, soit d’être ridicule ou incompréhensible, il nous faut triompher d'une certaine résistance, d'une certaine répugnance intellectuelle avant de nous décider de nous mettre sérieusement et patiemment au travail, pour débrouiller cet écheveau confus.

Mais lorsque nous avons enfin pénètre le véritable sens d'un rêve, nous nous apercevons, en contrepartie, que nous nous trouvons au cœur même du rêveur et de ses secrets; nous constatons alors que même un songe d'apparence insensée est en fait bourré, au fond, de sens et qu'il ne parle que de choses sérieuses et de la plus grande importance. Comme le dit Freud, l'analyse du rêve est la via regia, voie royale vers l'inconscient.

 

Ces rêves, au cours du traitement, dévoilent successivement, en les faisant remonter à la conscience, les contenus de l'inconscient qui vont des lors se trouver soumis à l'action purifiante de la lumière. Aussi faut il s'attendre à ce que le traitement soit ressenti comme un véritable supplice par les nombreux individus qui vivent en se faisant des idées fausses sur eux même. Il va leur falloir en effet abandonner à peu prés toutes leurs illusions les plus chères pour que quelque chose de plus beau et de plus profond puisse se développer en eux.

 

La psychanalyse rend conscientes les impulsions animales non pas pour les abandonner directement à une liberté sans frein, mais au contraire pour les hiérarchiser et les intégrer au sein d'un ensemble plein de sens. Car c'est un avantage certain d'avoir la pleine possession de sa personnalité, sinon les éléments psychologiques refoulés surgissent en d'autres point de l’économie psychique de manière parasitaire.

Une diminution de l'hypocrisie et un accroissement de la connaissance de soi même ne peuvent avoir que de bons résultats sur le plan de la tolérance à l’égard d'autrui, car on n'est que trop disposé à reporter sur l'autre le tort et la violence que l'on fait à sa propre nature.

 

Selon la doctrine Freudienne du refoulement , tout se passe comme si seuls les êtres « trop moraux » réprimaient leur nature instinctive. La morale n'a pas été rapportée du Mont Sinaï et imposée de force aux peuples. Elle constitue une fonction de l'âme humaine aussi vieille que l'humanité elle-même. Chacun la porte à priori en lui même, non pas sous forme de lois, mais sou forme de fibres de nature morale, sans lesquelles la vie en société serait impossible. C'est pourquoi, à tous les étage de la société, on retrouve des facteurs moraux. Mais les lois morales n'ont de validité qu'à l’intérieur d'un groupe humain donné. Avec une civilisation grandissante, on arrive à soumettre des masses humaines toujours plus denses au joug d'une même morale.

 

La vie érotique enclot des problèmes qu'elle comportera jusqu'à la fin des temps, quelles que soient les dispositions que des législations futures pourront être amenées à envisager. Sa problématique tient du fait que l'Homme possède à titre originel une nature animale, qui persistera tant que l'homme aura une corps animal ; et que sa nature est aussi apparentée aux formes les plus hautes de l'esprit. Par suite, la vie érotique ne s'épanouit que lorsque l'esprit et l'instinct se trouvent en une heureuse concordance. Trop d'animalité défigure l'Homme civilisé, trop de civilisation crée des animaux malades.

CHAPITRE 3 : L'AUTRE POINT DE VUE : LA VOLONTE DE PUISSANCE

 

Un pressentiment obscur nous avertit qu'ayant un corps, ce corps projette implacablement une ombre, et que, si nous ne faisons pas entrer ce coté négatif de notre nature dans l'ensemble, nous ne sommes pas complets : si nous nions ce corps nous ne sommes plus des etres à trois dimensions, mais des êtres aplatis qui ont perdu leur essence. Or, ce corps est un animal, avec une âme d'animal,c'est à dire un système vivant qui obéit de façon absolue à l'instinct. S'allier à cette ombre, cela revient à accepter l'instinct et à accepter aussi ses dynamismes gigantesques, qui menacent à l'arrière plan.

 

Nietzsche a vécu par delà l'instinct. Il prêchait de dire oui à l'impulsion, et il vécut cependant une négation de la vie. C'est pourquoi la vie de Nietzsche ne nous convinc pas de la justesse de sa doctrine. Car le « surhomme » veut aussi pouvoir dormir sans chloral, il veut pouvoir vivre à Naumburgou et à Bale,  il veut la femme et la progéniture, il veut de la considération et du prestige dans le troupeau social … Nietzsche omit de vivre un instinct, précisément l'instinct animal de la vie. Il fut donc sans grande surprise d'une personnalité maladive.

 

On pense en general que l'instinct pousse à réunir,  à s'accoupler, à procréer,qu'il tend vers la volupté et le bien être, vers la satisfaction de tous les désirs des sens. Mais cela revient à perdre de vue que cette énumération ne représente qu'un des versants possibles de l'instinct.

Car, à coté de l'instinct de conservation de l’espèce existe aussi l'instinct de conservation de soi-même.

Or, manifestement, c'est de ce dernier que parle Nietzsche, à savoir la volonté de puissance. Tout ce qui forme par ailleurs le monde des impulsions dérive pour lui de cette volonté : du point de vue de Freud et de la psychologie sexuelle c'est là une énorme erreur car pour tout adepte de la psychologie sexuelle ce sera chose aisée de démontrer que tout ce qu'il y a de sublime et d’héroïque dans les conceptions de la vie que s'est crée Nietzsche, n'est rien d'autre que la conséquence du refoulement et de la méconnaissance de « l'instinct », à  de l'instinct que cette psychologie là reconnaît comme fondamental.

L’état frissonnant de possession dans lequel Nietzsche se trouve fait de lui un héros, ou une espèce de demi dieu animé par le sentiment d'une grandeur supra humaine. Il se sent précisément « à six mille pieds par delà le bien et le mal. »

Pour l'observateur psychologue, cet état n'est pas inconnu, il s'agit là de « l'identification avec l'ombre », identification qui se produit avec une grande régularité dans les moment de collision entre le conscient et l'inconscient.

 

L'inhabituel,s'il ne doit pas se transformer en catastrophe, ne peut que se glisser à coté du quotidien, et encore à la condition que cela ne soit pas trop fréquent. Si la tension de l’héroïsme devint chronique, elle se transforme en crampes, et achemine vers la catastrophe et la névrose, ou vers les deux. Nietzsche est resté empêtré dans sa surtension psychologique.

 

Le désordre dans la conduite est une prérogative exclusive de l'Homme dont la conscience et la volonté libre peuvent à l'occasion se libérer contra naturam des racines qu'elles ont dans la nature animale. Cette particularité est la base inéluctable de toute culture, mais elle est aussi, des qu'elle est exagérée, la base de la maladie de l'âme.

 

En réalité,la nature humaine est en proie à un combat cruel et sans fin entre le principe du moi et le principe de l'instinct entre le moi qui est  structure et limitation, et l’instinct, protéiforme et sans limite,ces deux grandes instances étant, en outre, à égalité de puissance.

Tout ce qu'il y a en nous d'insignifiant, de petit, de lâche, se rétracte et se dérobe à la moindre intuition de ce monde angoissant – et pour cela le sujet trouve un excellent biais : il découvre que tout ce qu'il ressent en lui comme un étranger à lui-même est bel et bien le fait d'un autre individu que lui, d'un individu en chair et en os qui, justement, pense, fait, ressent appelle de ses vœux toutesles choses qui lui paraissent regrettables et méprisables. Ainsi, il a découvert une « tête de turc ».

 

Mais celui qui est un homme dans toute l'acceptation du terme se rend compte que son ennemi le plus redoutable, et même qu'une coalition  de ses ennemis ne peuvent se comparer en malfaisance à celle de son adversaire le plus acharné, à savoir l'adversaire intérieur, l'autre que l'on porte en son sein, son ombre.

 

[etude de cas]

 

L’intégrité de la personnalité constitue le principe suprême et doit en toute circonstance et en tout état de cause être ménage coûte que coûte.

L'amour et la perfection dans la conduite sont, on le sait, du point de vue de l'instinct de puissance, des moyens privilégiés pour parvenir à ses fins. La vertu sert bien souvent à forcer l'approbation d'autrui.

 

Mais que l'on s'accorde quelques réflexions et que l'on contemple la vie telle qu'elle est.

Que penser de ces individus innombrables qui aiment et qui croient à leur amour … jusqu'à ce qu'ils aient atteints leur but, et qui, cela fait, se détournent comme si ils n'avaient jamais aimé ?

Et en fin de compte, est ce que la nature elle même n'en fait pas autant ?

Peut etre a t-on aussi tendance à réfléchir le moins possible aux buts de l'amour, à y réfléchir on risquerait de faire des découvertes qui montreraient la valeur de notre propre amour sous un jour moins favorable que nous ne nous plaisons à le penser.

 

« Il existe pour chacun de nous en quelque endroit un effroyable et sinistre frère, qui est notre propre et vivante contrepartie, qui nous est relié par les liens du sang et qui contient et engrange méchamment tout ce que nous voudrions bien faire disparaître sous la table (E.T.A Hoffman ) »

 

Cependant, le lecteur demandera, dubitatif : mais à quoi peut donc bien servir une névrose ? A quelle efficacité vise t-elle ? Quiconque a dans son entourage immédiat un cas typique de névrose sait tout ce qui peut être « obtenu » avec elle.

Ces états déchaînent des flots de compassion, une appréhension sublime chez les parents dont l'angoisse n’égale que l'affection … Une attention démesurée.

 

Il est indubitable que l'instinct de puissance joue un rôle tout à fait extraordinaire. Il est vrai que la symptomatologie névrotique dans son polymorphisme complexe, constitue aussi des arrangements raffinés qui poursuivent leur but implacablement, avec une ténacité incroyable et des ruses qui n'ont pas leurs pareilles. La névrose a une orientation, une finalité.

 

CHAPITRE 4 : LES TYPES D'ATTITUDE

 

 nb : grosso modo >> sujet = soi-même  // objet = autre, exterieur

 

Les deux théories que nous venons de voir, contiennent l'une et l'autre des vérités importantes,et, bien que contradictoires, rien ne nous autorise à rejeter l'une en faveur de l'autre.

Il en découle que la névrose, manifestement, doit avoir deux aspects contradictoires, dont l'une cadre avec la théorie de Freud, et l'autre avec la théorie de Adler.

 

Certes à coup sûr nos deux chercheurs conçoivent le sujet en relation avec l'objet ; mais comme ils voient cette relation sous des angles différents !

 

Chez Adler, l'accent porte sur un sujet qui cherche à se mettre en sécurité et à dominer les objets et les choses, quels qu'ils soient;chez Freud, au contraire, l'accent porte entierement sur les objets qui, à cause de leurs propriétés spécifique et précises, sont favorables ou défavorables aux aspiration hédonistiques du sujet.

Cette divergence ne peut guère etre attribuée à autre chose qu'à une différence de tempérament, à un contraste entre deux types de mentalité humaine, dont l'une fait dériver l'efficience majeur essentiellement du sujet, tandis que l'autre au contraire fait dériver de l'objet les effets déterminants. Une opinion intermédiaire, grosso modo celle du sens commun, admettrait que l'activité humaine est conditionnée autant par le sujet que par l'objet.

 

La constatation de ce dilemme m'a amené à poser la question suivante : y'a t-il au moins deux types humain différents, dont l'un s'attache davantage à l'objet qu'à lui même et l'autre davantage à lui même qu'à l'objet ? Peut on de la sorte expliquer que l'Homme d'un de ces types ne voie qu'une chose, tandis que l'Homme du type opposé ne voie que l'autre, et qu'en raison de cet état de choses ils aboutissent à des conclusions contradictoires ?

 

Il n'y avait pas lieu de supposer que le sort choisissait et triait ses malades de façon si subtile que seuls ceux d'un certain groupe typologique s'adressait chaque fois au praticien du même groupe. Pour le traitement il est d'une importance déterminante de savoir si une bonne relation entre le malade et le médecin est possible ou non.

Chacun a ses limites personnelles. De trop grandes divergences ou, à fortiori, des incompatibilités déterminent, à une très grande échelle, des résistances.

 

J'ai fini par discerner, suite à de nombreuses observations, deux attitudes de base, deux disposition fondamentale : introversion et extraversion.

 

L'introversion, ches un sujet normal, s'exprime par un naturel réservé, méditatif, facilement hésitant, qui ne se livre pas volontiers, se dérobe aisément devant les objets, se trouve toujours quelque peu sur la défensive et se retranche avec prédilection derrière un attitude d'observation un rien méfiante.

 

L'extraversion, chez un sujet normal, s'exprime ar un naturel prévenant, en apparence ouvert et obligeant, qui se plie aisément à toutes les situations nouvelles, qui se fait rapidement de nouvelles relations et qui se lance souvent dans l'inconnu, sans soucis et en confiance, écartant délibérément les objections qui peuvent lui venir à l'esprit.

 

Chez l'introverti c'est manifestement le sujet qui joue le rôle décisif. Chez l'extraverti, c'est l'objet.

L'existence, en fait, de vastes différences entre les types m'a permis de comprendre que les deux théories opposées des névroses étaient la manifestation d'opposition typologiques.

 

Les deux théories des névroses ne constitue pas des théories générales. Elles sont dissolvantes et réductives. Mais il est impossible de vouloir tirer d'une simple théorie réductive une conception d'ensemble s 'appliquant aussi bien à l'âme malade qu'à l'âme bien portante.

Les symptômes de la névrose ne se bornent pas à être les conséquences de causes ayant un jour existé ; ils constituent en même temps des tentatives de parvenir dans l'existence à une nouvelle synthèse contenant un noyau de valeur et de sens.

 

Les deux théories que nous avons jusque là étudié ont cela de commun qu'elles mettent impitoyablement à nu tout ce qui, dans l'Homme, fait partie de son ombre. Ce sont des théorie, ou mieux, des hypothèse, qui nous expliquent en quoi consiste le ou les facteurs pathogènes et les paroxysme de leur action. Elles ne traitent donc pas des valeurs d'un être, mais au contraire, spécialement de ses non-valeurs qui se font fâcheusement sentir.

 

Une valeur est une possibilité grâce à laquelle de l’énergie peut se manifester et parvenir à son épanouissement. Mais dans la mesure ou une non-valeur est aussi une possibilité par laquelle de l’énergie peut fuser, cette non valeur peut être assimilée partiellement à une valeur, mais à une valeur qui ne détermine que des manifestations d’énergie inutile et nuisible. L’énergie en elle même n'est ni bonne, ni mauvaise, ni utile, ni nuisible, elle est indifférente, car tout dépend de la forme qu'elle revêtira. La forme donne à l’énergie sa qualité.

 

Dans la névrose, l’énergie psychique revêt indubitablement une forme inférieure et inutilisable. Les conceptions des deux théories réductives servent à dissoudre cette forme inférieure. En cette occurrence, elles font leurs preuves en tant que caustiques et, grâce à elles nous acquérons de l’énergie libre, mais indifférente.

 

Jusqu'ici il était admis que cette énergie nouvellement acquise passait à la disposition du conscient du sujet censé, des lors, pouvoir en disposer à son gré. D’après cette conception le malade a la possibilité de procéder, par décision arbitraire ou en suivant le fil de ses préférences, à la sublimation de ses impulsion instinctives. On ne peut pas, dans une certaine mesure, ne pas accorder à cette conception droit de cité, dans la mesure ou l'être humain est capable d'assigner à son existence une certaine ligne de conduite qu'il s'astreint à suivre. Mais nous savons qu'il n'est pas de science des prévisions humaines, ou de sagesse, qui nous permettent d'imprimer à notre vie une direction déterminée, si ce n'est pour de très petites etapes. Accordons que cette opinion valable pour un type « habituel », ne l'est pas pour un type « héroïque ».

 

Le nœud de ce problème funeste et épuisant consiste en ce que le train-train banal assaille d’exigences banales notre patience, notre puissance de dévouement, de persévérance et de sacrifice,etc ... à ces exigences on ne peut satisfaire que sur le mode de l'humilité, sans la moindre pose héroïque ou de m'as tu vu... ce qui nécessite rien de moins qu'un héroïsme invisible du dehors. Il ne brille pas, n'est pas encensé et doit toujours demeurer sous le voile du quotidien. Voila bien les exigences profondes qui, non satisfaites, déclenchent la névrose.

 

Notre volonté est une fonction dirigée par notre réflexion ; elle dépend donc de la constitution de celle ci.

Or, notre réflexion, pour mériter ce nom, doit être rationnelle, c'est à dire conforme à la raison. Mais a t-on jamais démontre et pourra t-on jamais démontrer que la vie et la destiné sont conformes à notre raison humaine, c'est à dire qu'elles sont rationnelles, elles aussi ?

 

L'irrationalité des evenement se montre dans le prétendu hasard. La vie, dans sa plénitude, tantôt obéit à des lois et tantôt leur échappe, tantôt elle est rationnelle, et tantôt elle est irrationnelle.

C'est pourquoi la ratio et la volonté qui table sur elle n'ont de valeur et d'efficience que dans un périmètre limité. Plus la démarche choisie rationnellement prend de l'expansion, plus nous pouvons être sûrs que nous excluons des possibilités irrationnelles de la vie, qui ont cependant tout autant le droit d'être vécues.  Avec des intentions rationnelles, on arrive guère qu'à maîtriser qu'une seule face du destin.

 

L’œuvre civilisatrice est une sublimation d’énergies libres opportunément voulue et concertée. Ceci est vrai également dans le cœur de l'individu et dans le cadre d'une personnalité. Et si la conception d'une organisation commune de la civilisation a subi une cruelle mise au point du fait de la guerre, l'être individuel lui aussi doit souvent, au cours de son existence, apprendre à ses dépens que les énergies prétendues « disponibles » ne permettent pas que l'on dispose d'elles. 

 

Les événements suivent un cours irrationnel et, fort mal à propos, l’énergie exige un canal de dérivation qui lui convienne, faute de quoi elle s'accumule et devient destructrice, elle régresse vers les situations dont le sujet a fait précédemment l’expérience.

Il n'est pas en notre pouvoir de dériver à notre choix une énergie « disponible » sur quelque objet rationnellement choisi.

 

Comme nous l'avons dit, cette énergie peut,dans le cas meilleur, être employée à volonté pour un bref laps de temps. Mais le plus souvent, elle regimbe et se refuse à innerver pour quelque durée que ce soit les possibilités rationnelles qu'on lui présente. Il faut se rendre à l'évidence : l’énergie psychique est une force, de caractère difficile et capricieux, qui entend choisir et ne pas s'en laisser imposer, et qui veut voir remplie les conditions qu'elle pose. Quelles que soient les quantités d’énergies latentes, elles demeureront inutilisable tant qu'on ne réussira pas à établir une pente d’écoulement.

 

Mais il n'est d’énergie que là où existe une tension entre contraires ; c'est pourquoi, pour la déceler, il faut chercher et trouver ce qui en face de l'attitude consciente constitue le contraire et l'opposé.

 

Les contenus psychique refoulés doivent devenir conscients afin que se crée entre les contraires une tension, sans laquelle cesserait la perpétuation du mouvement vital. La conscience, en quelque sorte, si on permet une image, se tient en haut, l'ombre en bas, et comme ce qui est en haut cherche toujours ce qui est en bas, de même que ce qui est en bas cherche toujours ce qui est en haut, de même que le chaud cherche à s’équilibrer avec le froid, chaque conscience cherche, sans peut être le savoir, son contraire inconscient, sans lequel elle est condamnée à la stagnation, à l'ensablement et à la pétrification. Ce n'est que du heurt des contraste que naît la flamme de la vie.

 

Tout un chacun ressent de façon absolue ce qui s'oppose à son principe majeur comme étant, par excellence, l'élément nuisible destructeur, voire même mortel, comment des lors le croire capable de la moindre puissance vitale positive ? C'est pourquoi on l’évite et on le craint.

 

La valeur de l'un est la non valeur de l'autre. On devrait penser qu'il n'y va que du sens commun, que chacun, conscient de ses propres valeurs, devrait pouvoir reconnaître et apprécier en toute quiétude les valeurs de l'autre, et qu'ainsi tout conflit serait superflu.

Combien de cas n'ai je vu où l'on s’ingéniait à mettre ces arguments de bon sens en avant, sans parvenir pourtant à un résultat pacifiant.

 

Là où il s'agit d'êtres normaux, une telle phase sera franchie presque en se jouant. Car normal est l'individu qui dans toutes les circonstance de la vie (pourvu q'uelles accordent le minimum nécessaire à la vie même) peut continuer à exister.

Mais bon nombre d'individus n'y parviennent pas ; cela montre qu'il n'y a pas tellement de gens normaux. Ce que nous entendons couramment par Homme normal est, à vrai dire, un Homme idéal dont le caractère composé d'un mélange harmonieux est rarement réalisé.

 

Gardons à l'esprit que personne n'est uniquement introverti ou uniquement extraverti ; que chacun possède au contraire les deux possibilités d'orientation, dont il n'a développé qu'une en tant que fonction d'adaptation. Nous arrivons à supposer que chez l'introverti l'extraversion sommeille quelque part à l’arrière plan, et que chez l'extraverti l'introversion mène une existence crépusculaire analogue.

 

L'introverti a réellement des capacités d'extraversion, mais il n'en a pas conscience, parce que l'attention de sa conscience est toujours centrée sur le sujet. Certes il voit bien l'objet, mais il en des représentations fausses, dépréciatives ou inhibitive de sorte qu'il s'en tient toujours le plus possible à distance, comme si l'objet était quelque chose de puissant et de dangereux.

 

Chez l'introverti, la réflexion précède l'acte. Chez l'extraverti, l'action précède la réflexion. On peut assister ponctuellement à un renversement du type pour chacun. Sous l'effet d'une motivation valable, d'un contexte particulier, le principe de second plan émergé soudainement au premier plan, devenant alors, tant que besoin est, le principe primordial.

 

Mais l'extraversion de l'introverti est différente de l'extraversion de l'extraverti. Il en va de même concernant l'introversion. Chez l'introverti, du fait de l'objet (motivation valable), est apparue une extraversion inférieure, tandis que chez l'extraverti c'est un introversion inférieure qui est apparue. Ceci nous amène à la proposition qui a servi de point de depart : la valeur de l'un est la non valeur de l'autre. Des événements positifs aussi bien que des événements négatifs peuvent rendre prééminente la fonction contraire, complémentaire mais inférieure.

 

Une fois cet  effet produit, survient la susceptibilité. La susceptibilité est le symptôme qui dénote l'existence d'un infériorité. Ainsi sont crées les fondements psychologiques de la discorde et des malentendus, non seulement de la discorde entre deux être, mais aussi de la desunion avec  soi même. Un des caractères essentiels de la fonction inférieure est de jouir d'autonomie : elle est indépendante, nous assaille et nous fascine nous enveloppe dans ses rets de sorte que nous ne restons pas maîtres de nous même et que nous ne sommes plus en état de faire un partage équitable entre nous et autrui.

 

En dépit -ou à cause- de ces données il n'en demeure pas moins que c'est une nécessité pour le développement du caractère d'accorder une certaine latitude à notre autre coté, précisément à notre fonction inférieure.

A la longue, il ne nous est pas possible de déléguer symbiotiquement le sort d'une partie de nous même à un autre être, de nous décharger d'une partie de nous même sur un autre; car à tout instant peut surgir, à l'improviste et nous trouvant cruellement impreparés, le moment où nous aurions besoin de notre autre fonction. Or, les conséquences peuvent en être graves : l'extraverti perd, en pareille circonstance, les liens rationnels, pour lui indispensables, qui l'unissent aux objets, et l'introverti ceux qui l'unissent au sujet

En renversant notre perspective, cela revient à dire qu'il est indispensable que l'introverti parvienne à l'action sans être en permanence freiné par des hésitations et des réticences, et que l'extraverti puisse faire retour sur lui même sans pour cela nuire à sa vie de relation.

 

Comme on le voit, il s'agit de deux attitudes naturelles, réciproquement opposées, ou de deux mouvements en sens contraires. Sans doute ces mouvements devraient ils constituer, dans une succession harmonieuse, un des rythme de la vie. Mais il semble qu'un art de vie tout à fait consommé soit nécessaire pour parvenir à ce rythme. Ou bien il faudrait être d'une inconscience absolue, de sorte que la loi du déroulement naturel ne put être troublée par aucun acte conscient ; ou bien il faudrait atteindre un niveau de conscience beaucoup plus élevé que ce n'est couramment le cas, afin d’être en état de vouloir et aussi d’exécuter les mouvements contradictoires du déroulement naturel.

 

Il est vrai que cette conscience supérieure, qui nous mettrait en état de vivre le grand Oui et le grand Non de la vie, constitue un idéal absolument surhumain, mais demeure néanmoins un but.

Notre mentalité actuelle ne nous permet sans doute que de vouloir le oui et de subir tout au plus le non. Si tel était déjà le cas il y aurait beaucoup de gagné.

Le problème des contraires, en tant que principes inhérents à la nature humaine, forme une nouvelle étape dans le processus progressif de la connaissance.

 

Chez l'être jeune, que l'on parvienne à dénouer les forces instinctives enchaînés dans la névrose et entravées par elle, et ces forces, délivrées, donneront au sujet un élan,  de l'espoir, des chances d'avenir meilleur et des possibilités d'élargir ses horizons.

Mais pour l'être qui a déjà pénétré dans la seconde partie de sa vie, ce sera le développement de la fonction des contraires, en sommeil jusqu'alors dans l'inconscient, qui procurera un germe novateur, un renouvellement de l'existence.

Cette évolution ne consiste plus à dissoudre des entraves infantiles, à détruire des illusions, survivance des premiers ages, ni à reporter les images parentales sur des figurations nouvelles ; ce développement ne peut se faire qu'en abordant le problème des contraires.

Une théorie psychologique qui aspire à être  plus qu'un simple moyen technique d'appoint doit reposer sur le principe des antinomies ; sans celui ci, elle ne pourrait se reconstruire qu'une psyché névrotique, privée d’équilibre, faute de ses balanciers. Car la psyché est un système à régulation autonome ; et il ne saurait y avoir équilibre ou d’autorégulation sans forces contraires capable de se contrebalancer.

Il faut se rendre à l’évidence : la plupart du temps l’énergie réputée disponible ne se laisse pas diriger arbitrairement dans une voie préconçue ; elle suit sa propre pente, tracée avant même que nous ne l'ayons dégagée de sa forme inutilisable.

De  nouveau nous nous heurtons au problème de l'utilisation de l’énergie disponible. Cette fois ci nous ferons confiance à la nature, et nous admettrons que, avant même d'avoir cherché, un objet aura été choisi, offrant à l’énergie une pente favorable.

 

 

CHAPITRE 5 : L'INCONSCIENT INDIVIDUEL ET L'INCONSCIENT COLLECTIF OU SUPRA-INDIVIDUEL

 

Le transfert en lui même n'est pas autre chose qu'une projection de contenu inconscients.

Tout d'abord ce sont les contenus dits superficiels de l'inconscient qui vont se trouver projetés. Toutes ces projection de fantasmes imaginatifs reposent sur des réminiscences personnelles.

En fin de compte peuvent apparaître des figurations de l'imagination qui revêtent un caractère extravaguant. L'objet du transfert paraît alors doté de qualité mystérieuses (magicien, démons, sauveur…) Certains de ces malades ont parfois beaucoup de peine à garder présent à l'esprit que ces fantasmes proviennent réellement d'eux même, de leur tréfonds, et qu'ils n'ont proprement rien ou presque rien à voir avec le caractère propre de l'objet du transfert. Cette erreur tenace provient de ce que des projections de cette espèce ne reposent sur aucun fond de réminiscences personnelles.

 

Dans chaque être individuel existent, en outre des réminiscences personnelles, de grandes images « originelles ». Ces figurations ancestrales sont constituées par les potentialités du patrimoine représentatif, c'est à dire par les possibilités transmises héréditairement de la représentation humaine. Cela explique en partie pourquoi certains motifs de folklore se répètent sur la planète entière en des formes identiques.

Ce faisant, je n'affirme nullement la transmission héréditaire de représentations, mais uniquement la capacité héréditaire de la capacité d’évoquer tel ou tel élément du patrimoine représentatif. Il y a là une différence considérable.

 

J'ai appelé ces images ou leur thème des archétypes. La découverte d'images archétypiques représente un nouveau progrès de nos conceptions : elle conduit à distinguer deux couches dans l'inconscient, un inconscient personnel et un inconscient impersonnel ou supra individuel. Nous désignons aussi ce dernier sous le terme d'inconscient collectif.

Détaché des sphères personnelles, il possède un caractère tout à fait général et ses contenus peuvent se rencontrer chez tout les êtres.

 

L'inconscient personnel, lui, contient les souvenir oubliés, les souvenirs refoulés de représentations pénibles, de sensation subliminale, perceptions sensorielle dont l'intensité n'etait pas suffisante pour franchir le seuil et pénétrer dans la conscience, et enfin des contenus qui ne sont pas encore assez mûrs pour pénétrer dans le conscient.

 

Les images originelles constituent les formes représentatives les plus générales et les plus reculées dont dispose l'humanité. Elles sont tout autant sentiments que pensée;elles ont même quelque chose comme une vie propre, indépendante et autonome.

 

Avec ces notions, nous avons trouvé l'objet que choisit la libido, après qu'elle a été délivrée de la forme personnelle et infantile du transfert : elle suit sa pente et plonge au plus profond de l'inconscient plus ancien.

 

Les plus grandes et les plus belles pensées se forment à partir de ces images primordiales, qui sont comme un canevas de base. Souvent déjà on m'a demandé d'où peuvent provenir ces archétypes ou images originelles. Il me semble qu'il est impossible d'expliquer leur formation sans admettre qu'elles constituent comme la précipitation d’expériences humaines, perpétuellement renouvelées.

L’archétype est une sorte de disponibilité, de propension à reproduire toujours à nouveau les même représentations mythiques ou images analogues. On pourrait admettre que les archétypes sont constitués par les empreintes, bien des fois imprimées, des réactions subjectives.

 

Mais, à ce qu'il me semble, ils ne sont pas que le résultat des empreintes laissées par ces expériences qui se renouvelles dans le cours de l'existence individuelle et collective ; mais en outre ils se comportent, considérés dans une perspective empirique, comme des centres énergétiques, comme des forces ou des tendances qui poussent le sujet à  renouveler ces même expériences.

Chaque fois en effet qu'un archétype surgit en rêve, en imagination, ou se manifeste dans la vie, il apporte avec lui et exerce une influence, une force par la puissance de laquelle l'individu le ressent comme étant «numineux » (de nature divine, surnaturel) fascinant ou incitant à l'action.

 

Ces images primordiales ne contiennent pas seulement tout ce qu'il y a de plus beau et de plus grand au sein de ce que l'humanité a jamais pensé, senti ou éprouvé, mais aussi toutes les pires infamies et les plus infernales inventions dont les hommes ont pu etre capables. En raison de leur énergie spécifique, ces images ( qui se comporte comme des centres autonomes chargés d’énergie) exercent une influence fascinatrice qui, s'emparant de la conscience du sujet, est capable de l’altérer profondément.

 

Le vieil Héraclite, qui vraiment était un grand sage, a découvert la plus merveilleuse de toutes les lois psychologiques, à savoir la fonction régulatrice des contraires ; il l'a appelé enantiodromie, la course en sens opposé, ce par quoi il entendait que toute chose un jour se précipite dans son contraire. C'est ainsi que l'attitude rationnelle civilisée aboutit nécessairement à son contraire, c'est à dire à la dévastation irrationnelle de la civilisation.

 

Je disais tout à l'heure qu'il semblait toujours y avoir dans l'âme humaine  quelque chose comme une puissance supérieure. Par là, je voulais exprimer le fait qu'il y a toujours une impulsion ou un ensemble quelconque de représentations sur laquelle converge la plus grosse part d’énergie psychique, et qui par là, asservira le moi à sa domination. Habituellement, le moi est tellement attiré par ce foyer d’énergie qu'il s'identifie à lui et croit n'avoir besoin de rien d'autre, n'avoir aucune autre chose à souhaiter. Mais par là même se crée un penchant, une monomanie, une possession qui fait courir les plus grand risques à l’équilibre psychique. Assurément, la faculté de se consacrer ainsi à une activité déterminée et unilatérale est le secret de certains succès, et c'est pourquoi notre civilisation fait de grands effort pour développer ces tendances spécialisées.

On croit encore avoir la faculté de vouloir, la liberté de choisir, et on ne s'aperçoit pas que l'on est déjà  possédé, que la passion règne déjà en maîtresse et s'est emparée du pouvoir.

 

La loi cruelle de l'eniantiodromie n’épargnera que celui qui sait se distinguer, se différencier de l'inconscient ; et cela non pas par le refoulement dont le seul résultat est que les choses refoulées s'emparent du sujet à son insu, mais en regardant l'inconscient bien en face comme quelque chose de nettement bien distinct du moi.

Il faut que le patient apprenne à distinguer ce qu'est le moi et ce qu'est le non moi, c'est à dire la psyché collective. La distinction entre le moi et le non moi psychologique suppose que l'être soit fermement établi dans les fonctions de son moi, c'est à dire qu'il accomplisse son devoir à l’égard de la vie, afin d'être à tous les points de vues un membre valable de la société humaine. Tout ce qu'il néglige à cet égard tombe dans l'inconscient et fortifie la position de celui ci, de sorte que l'homme court le risque d’être englouti par lui.

 

L’Homme a deux fins dans la vie,la première c'est la fin naturelle, la procréation d'une descendance et les soins que nécessitent la préservation de la couvée, soins qui comprennent le gain et la position sociale. Lorsque cela à été satisfait, une autre phase commence, celle qui a pour but la culture.

 

Pour arriver au premier de ces buts nous sommes aidés par la nature, et de plus par notre éducation ;

pour arriver au second nous ne sommes secondés par rien, ou peu de chose.

C'est pourquoi le passage de la phase « naturelle » à la phase « culturelle »est, pour tant de personnes, si laborieux et si amer ; elles s'accrochent aux illusions de la jeunesse ou bien encore à leurs enfants, espérant ainsi sauver un lambeau de jouvence.

 

Il n'y a donc pas lieu de s’étonner si un bon nombre de névroses graves se déclarent au début de l’après midi de la vie. Ce que la jeunesse trouva et devait trouver au dehors, l'Homme dans son après midi doit le trouver à l’intérieur de lui même.

 

La transition de la matinée à l’après midi de la vie se fait par une sorte de transmutation des valeurs. La nécessité s'impose de reconnaître la validité, non plus de nos anciens idéaux mais de leur contraires, de percevoir l'erreur dans ce qui était jusqu'alors notre conviction, de sentir le mensonge dans ce qui était notre vérité, et de mesurer combien il y avait de résistance et même d'animosité dans ce que nous prenions pour de l'amour. Bien des gens qui se sont fourvoyés dans des conflits suscités par le problème des contraires jettent par dessus bord tout ce qui autrefois leur paraissait bon et désirable et cherchent à vivre en opposition complète avec leur moi d'autrefois.

L’inconvénient de cette conversion radicale au contraire de ce qui jusque là avait formé l'armature de la vie, c'est que dorénavant la vie précédente va se trouver refoulée ; cela crée aussi un état aussi  instable que l'état précèdent, où le contrepoids des vertus et des valeurs conscientes était encore réprimées et inconscients.

 

C'est naturellement une erreur fondamentale de croire que si nous  distinguons ce qu'une valeur précédemment hissée sur le pavois comporte de non-valeur, ou une vérité d'inexactitudes, cette valeur ou cette vérité se trouve annulées : elles sont seulement devenues relatives. Tout ce qui est humain est relatif, en tant que reposant sur des contrastes intérieurs;car tous les phénomènes sont de nature énergétique.

 

Tout ce qui est vivant est énergie, et par conséquent, repose sur la tension des contraires. C'est pourquoi la propension à renier toutes les valeurs antérieures au profit de leurs contraires est tout aussi exagérée que l'attitude exclusive qui l'a précédé.

Il ne s'agit pas de viser à une conversion radicale, mais à une conservation des valeurs anciennes auxquelles vient s'ajouter la prise en considération de leurs contraires.

 

Il est vrai que par cette connaissance même nous échangeons la sécurité apparente dont nous avons joui jusqu'ici contre un état d'incertitudes, de désaccords, de convictions contradictoires. Le pire dans cet état, c'est qu'en apparence, il n'offre aucune issue.

 

Toutes les fois qu'un être se trouve devant un obstacle psychologique, en apparence insurmontable, il recule, il fait ce que l'on appelle en terme technique une régression ; ce terme exprime que le sujet  se reporte aux époques antérieures où il s’était trouvé en des situations analogues, et qu'il est tenté d'employer à nouveau les moyens qui lui ont réussi. Mais ce qui dans la jeunesse a réussi n'est plus dans la vieillesse d'aucun secours.

Après de tels échecs, la régression continuant d’étape en étape remonte jusqu'à l'enfance et finalement au temps qui précède l'enfance.

 

Lorsque la régression de l’énergie psychique dépasse même les temps infantiles les plus précoces, elle fait irruption dans les traces ou vestige de la vie ancestrale et éveille alors des images mythologique, les archétypes.

Un monde spirituel, dont nous n'avions précédemment pas le moindre soupçon, s'ouvre alors dans notre intimité et des contenus psychiques apparaissent, qui forment à l'occasion les contrastes les plus frappants avec toutes nos conceptions antérieures.

 

 

Par de pareils rapprochements la signification de l’expérience vécue spontanément se trouve remplacée par des images et un vocabulaire emprunté à des sources qui lui sont étrangères et par des conceptions, des idées ou formes de perception éventuellement non autochtones; n'ayant pas jailli sur notre sol, elles ne sont pas en rapport avec nos sentiments, mais tout au plus reliées à notre intellect qui, ne les ayant pas engendrées, n'est même pas en état de les penser clairement.

 

A « emprunter » ainsi on acquiert un bien volé qui ne profite pas, car il forme comme un succédané qui rend les êtres irréels et fantomatiques ; ceux ci vont remplacer les réalités vivantes par des mots vides de sens et si ces individus se hissent ainsi hors des tensions douloureuses qu'imposent les contrastes, ils pénètrent et s'enferment, par ce fait même dans un monde édulcoré à deux dimensions où le réel s'estompe pour n’être plus fait que d'ombres et de spectre, où se flétrit et meurt toute force créatrice.

 

Ces images se sont formées au cours de la vie de nos lointain aïeux. A cause des contrastes qui les opposent à l'état conscient, elles ne peuvent être transférées directement dans notre monde quotidien, et c'est pourquoi il faut trouver un trait d'union entre ces deux réalités, la réalité consciente et  la réalité inconsciente.

 

CHAPITRE6 : LAMETHODE SYNTHETIQUE OU CONSTRUCTIVE

 

Le dialogue,la confrontation avec l'inconscient est un processus ressenti, selon, les cas, comme un déroulement que le sujet subit, ou comme un travail qu'il accomplit ; il a reçu le nom de fonction transcendante;car il s'agit d'une fonction qui, tel un pont appuyé sur des piliers, se fonde sur des données dont les unes sont réelles, les autres imaginaires, ou encore dont les unes sont rationnelles et les autres irrationnelles, et qui surmonte ainsi le ravin béant, la discontinuité séparant le conscient de l'inconscient.

Cette fonction transcendante constitue un processus naturel ; c'est une manifestation de l’énergie libérée hors de la tension polaire entre les contraires, et elle se matérialise en une suite de phénomènes imaginatifs qui surgissent spontanément dans des rêves et des visions.

 

Les théories étudiées au début de ce petit ouvrage reposent sur un procède exclusif de réduction causale, qui décompose le rêve (ou fantasmes) en ses constituant, réminiscences et motivation instinctuelles et impulsives. Cela comporte des limitations : elles s’épuisent au moment où les symboles oniriques ne se laissent plus réduire à des réminiscences ou à des volitions personnelles, c'est à dire des que surgissent les images de l'inconscient collectif.

 

Je dus d'abord me convaincre que « l'analyse », dans la mesure où elle n'est que dissection, doit être nécessairement suivie d'une synthèse, et qu'il existe des matériaux psychiques dont la signification, dans une perspective strictement analytique, est à peu prés nulle, alors qu'ils sont d'une grande plénitude de sens si au lieu de chercher à les décomposer, on les confirme dans leur particularités et si on élargit même, grâce à tous les moyens conscients dont nous disposons, leur allusions significatives : c'est la notion « d'amplification ». 

 

Après que l'analyse a disséqué les matériaux imaginatifs symboliques en leur composantes, le procédé synthétique doit aider à intégrer l'ensemble en une expression générale et compréhensible.

 

Le procède d'analyse qui vise à tout ramener aux causes présente certains désavantages :

1/ il ne tient pas compte des associations qui viennent spontanément à l'esprit du malade.

2/ Le choix électif d'un symbole particulier reste obscur

3/ le procédé de réduction aux causes oublie que le rêve est un phénomène subjectif et qu'une interprétation exhaustive ne pourra jamais établir le rapport du symbole avec le sujet, c'est à dire que la personne qui fait le rêve exprime des tendances et conditions psychologiques qui gisent dans son inconscient. 

 

J'appelle « interprétation sur le plan de l'objet » toute interprétation dans laquelle les expressions du rêve sont tenues pour identiques à des objets réels.

A l'opposé de cette interprétation se situe celle qui met en rapport avec la psychologie du rêveur lui même chaque élément du rêve, par exemple chacune des personnes agissantes qui y figurent (une identification ne peut jamais se produire que sur la base d'une ressemblance inconsciente, restée cachée et dont le sujet n'a pas compris la portée.). Ce dernier procède s'appellera interprétation sur le plan du sujet.

 

L’interprétation sur le plan de l'objet est analytique car elle décompose le contenu du rêve en sa trame complexe de réminiscence, de souvenirs qui sont l’écho de conditions extérieures.

L’interprétation sur le plan du sujet au contraire est synthétique en ce qu'elle détache des causes contingentes les complexes de réminiscences, et les donne à comprendre comme des tendances ou des composantes du sujet, auquel ce faisant elle les intègre de nouveau.

 

Pour comprendre le langage des rêves, nous devons faire de larges emprunts à la psychologie des primitifs et à la symbolique historique, et nous laisser guider par les parallèles que nous trouvons entre ces données objectives et les matériaux de nos malades.

 

CHAPITRE 7 : LES ARCHETYPES DE L'INCONSCIENT COLLECTIF

 

Il nous reste maintenant pour tâche d'envisager sur le plan du sujet les relations interprétées d'abord sur le plan de l'objet et de les considérer comme des représentations symboliques de complexes subjectifs du malade .

 

Chaque fois qu’émerge un élément inacceptable de la sorte, il faut d'abord se demander s'il s'agit d'une qualité personnelle ou d'un attribut qui ne l'est pas.  L'image archétypique semble bien représenter des qualités qui, selon les dénominations même que les hommes leur ont données, révèlent des l'abord qu'il ne s'agit pas de qualité humaine dans l'acceptation personnelle du terme, mais de qualités mythologique (magicien, démon, …).

De tels attributs indiquent toujours que des contenus qui meublent l'inconscient collectif ou supra-individuel se trouvent projetés.

Car les « démons » pas plus que les « magiciens » ne sont des réminiscence personnelles, bien que naturellement chacun de nous en ait un jour entendu parler ou ait lu quelque chose à ce propos.

 

Un élément projeté se concrétise inconsciemment en rêve en une silhouette imaginative.

Or même si l'objet illustratif du transfert n'est plus d'actualité dans la vie quotidienne du sujet, une projection de cette sorte est toujours actuelle, cela revient à dire qu'il doit exister en quelque lieu, quelque personnage sur lequel cet élément est projeté.

Ces réflexions nous ramènent insensiblement sur le plan de l'objet, car sans ces passage de l'un à l'autre plan nous ne pourrions jamais retrouver le réceptacle de cette projection.

 

En dehors de l’éventualité ou les personnes sur lesquelles se retrouvent projetés des qualités mythologiques s’avéreraient effectivement constituées de ces qualités (magicien, démon, …),   il ne peut s'agir que d'une silhouette, d'une expression mythologique, ce qui revient à dire que ce qui est en jeu est la psyché collective et non une psyché individuelle.

Dans la mesure ou, par notre inconscient,  nous participons à la psyché historique et collective, nous vivons de façon inconsciente et naturelle dans un monde de loup garou, de démons et des magiciens, etc …Car ce sont là des représentations qui ont inspiré, durant les époques antérieures à la notre, les émotions les plus intenses à tout le genre humain.

De façon analogue notre existence participe à celle des dieux et des diables, mais il serait insensé de prétendre s'attribuer de façon personnelle ces possibilités inhérentes à l'inconscient.

 

C'est pourquoi  il est d'une absolue nécessite de d’établir une démarcation entre ce qui est personnel et relève de notre responsabilité, d'une part,  et ce qui est impersonnel.

Cela n'est point pour nier l'existence éventuellement très efficace des contenus de l'inconscient collectif ; mais ces derniers sont, en tant que teneur de la psyché collective, à distinguer de l'âme individuelle.

 

Il convient de reconnaître l'irrationnel comme une fonction psychique qui, puisqu'elle existe toujours, doit être nécessaire, et considérer ses contenus, non pas comme des réalités concrètes mais comme des réalités psychiques,car il s'agit de données efficientes, donc de chose réelles.

 

Or, nous l'avons vu, l'inconscient collectif apparaît comme le résultat des sédimentations précipitées par l’expérience humaine depuis des éternités, et en même temps comme un a priori de cette expérience, une image préformée du monde. Au sein de cette image certains traits ont pris au cours des siècles un relief particulier ; je parle alors de dominantes de l'inconscient collectif ou d’archétypes.

 

Dans la mesure où ces images sont des représentations relativement fidèles des événements psychiques, les archétypes correspondent également à certains caractères fondamentaux et généraux du monde physique.

A cause de cette parenté, de cette contamination avec les manifestations du monde physique, les archétypes se présentent le plus souvent sous forme de projections ; et ,en particulier, lorsque ces projections sont inconscientes, elles s'attachent aux personnes qui forment l'entourage du sujet.

Elles prennent, en règle générale la forme de dépréciations, ou de surestimations, anormales.

 

C'est pourquoi les archétypes sont des facteurs d'une extrême importance, susceptibles d'effets considérables, et auxquels il faut accorder la plus grande attention.

Comme la plupart des archétypes apparaissent sous forme de projections et comme ces dernières ne se fixent que là où un motif contingent les y convie, leur dépistage et leur appréciation sont des plus délicats.

 

Lorsque par exemple quelqu'un projette l'image du diable sur l'un de ses semblable, c'est parce que cet être à en lui quelque chose qui permet de lui apprendre cette dominante. Mais cela ne veut pas dire pour autant que cet être est un démon, au contraire, ce peut être un être incroyablement bon, mais qui serait séparé du sujet projetant par quelque incompatibilité, et c'est celle ci qui détermine de l'un à l'autre un effet diabolique, c'est à dire séparateur.

 

En pénétrant dans le  monde des archétypes nous venons de faire un grand pas en avant. Grâce à cette notion, l'influence magique ou démoniaque qu'on prêtait a autrui disparaît, puisqu'elle permet de ramener la sensation mystérieuse à une grandeur immuable de l'inconscient collectif. Mais à sa place nous avons maintenant une tache toute nouvelle et insoupçonnée jusqu'ici : il faut dorénavant nous demander comment le moi doit se confronter avec ce non-moi psychologique.

Une dissociation aussi profond exige tout aussitôt une synthèse, qui ne peut être obtenue que par le développement de ce qui n'a pas encore été développé.

 

Une éruption de l'inconscient se produit facilement dans les moments de modifications et de décisions importantes.

 

Les archétypes  sont naturellement à l’œuvre partout et toujours. Le traitement pratique toutefois n'exige pas, dans chaque cas d’espèce, qu'on s’appesantisse sur leur compte; ceci en particulier chez les sujets jeunes. Par contre, chez les sujets qui ont ont atteint ou dépassé la moitie de la vie, il est nécessaire d'accorder une attention particulière aux images de l'inconscient collectif, car c'est en lui que réside les sources d'où jailliront les indications permettant de travailler à la solution du problème des contraires. L’élaboration consciente de ces données irrationnelles constitue cette fonction transcendante dont j'ai parlé plus haut, qui aboutit grâce à l'apport des archétypes à la formation de conceptions qui concilient les éléments psychologiques en apparence inconciliable.

 

Par « formation de conceptions » je n'entend pas une compréhension simplement intellectuelle, mais une compréhension basée sur l’expérience vécue. Un archétype, comme nous l'avons vu, est une image dynamique, un élément de la psyché objective auquel on ne rend pleinement justice qu'en le rencontrant comme un partenaire autonome.

 

Une description générale de ce processus, qui peut s’étendre sur une longue durée, serait assez dépourvue de sens- à supposer pareille description possible- car il revêt dans chaque cas individuel des formes variées à l'infini.

Le seul dénominateur commun est constitué par l'apparition régulière de certains archétypes. Citons en particulier ceux de l'ombre, de l'anima, de l'animus, de la mère, de l'enfant, du vieux sage, à coté d'un nombre indéterminé d'autres archétypes qui reflètent d’autres situations individuelles précises. Une place particulière doit être assignée à ces archétypes qui marquent le ou les buts du processus évolutif.

 

Le sens et le but de ce processus évolutif sont de réaliser, dans son intégralité, avec tous ses aspects, la personnalité originellement préfigurée dans le germe embryonnaire. Ce dont il s'agit, c'est d’établir et d’épanouir la totalité potentielle originelle. Les symboles que l'inconscient utilise pour cela sont les même que l'humanité utilisa depuis toujours pour exprimer la totalité, la complétude, la perfection. J'ai désigné ce processus du nom de processus d'individuation.

 

Ce processus devint pour moi le modèle et le fil d'Ariane de ma méthode de traitement.

La compensation inconsciente d'une situation conscientielle névrotique renferme tous les éléments qui pourraient corriger avec efficacité l’unilatéralité de la conscience, s'ils étaient consciemment compris, c'est à dire si ils étaient intégrés en tant que réalité à l'état conscient.

Il est rare qu'un rêve soit d'une intensité telle que le choc désarçonne la conscience. En règle générale les rêves sont trop faibles et trop incompréhensibles pour exercer une efficacité profonde sur la conscience.

Partant de là, les compensations se déroulent dans l'inconscient sans efficacité immédiate ; pourtant elles exercent un effet,mais celui ci est indirect : à force d'être continuellement méprisé, l'opposition inconsciente arrange des symptômes et monte en toute pièce des situations qui, en définitive, paralyseront de façon invisible les intentions de la conscience.

 

Quand un cas est traité comme nous venons succinctement de l'indiquer, la direction des opérations revient à l'inconscient du sujet, tandis qu'à son conscient incomberont la critique, le choix et les décisions. Si ces dernières sont pertinentes, on en aura bientôt confirmation par des rêves qui marqueront le progrès accompli ; dans le cas contraire, l'inconscient procédera à des réajustements et à des corrections. On peut dire que le cours du traitement est comparable à un continuel dialogue avec l'inconscient.

 

Mais, peut on se demander, quand est-on sûr de l’interprétation obtenue ?

Si l’interprétation donnée à un rêve est incorrecte ou incomplète, le rêve suivant peut nous le faire remarquer.

 

Comment ?

Le thème litigieux, par exemple, sera répété à nouveau sous une forme plus claire,  ou bien l’interprétation fournie sera dévalorisée par quelque paraphrase ironique, ou bien encore ce sera par une opposition directe et violente que cela se manifestera.

 

Alors que l’interprétation exacte est, elle, en général, validée par un regain de vitalité, l’interprétation fausse se condamne elle même par la stagnation.

 

 

CHAPITRE 8 : CONSIDERATIONS GENERALES SUR L'INCONSCIENT ET LA THERAPEUTIQUE ANALYTIQUE.

 

Ce serait une erreur de croire que l'inconscient est quelque chose inoffensif.

Assurément l’inconscient n'est pas dangereux en toutes circonstance ni chez tout le monde.

Mais des qu'il existe une névrose celle ci est un signal d'alarme qui indique qu'il s'est produit dans l'inconscient une accumulation toute particulière d’énergie, formant une charge susceptible d'exploser.

On ignore totalement ce que l'on est susceptibles de déclencher quand on commence à analyser les rêves d'un sujet. Il se peut qu'on mette ainsi en mouvement quelque chose d’intérieur, d'invisible.

 

Du fait que la technique d'analyse active l'inconscient et l'aide à s'exprimer, elle détruit, en pareil cas, la compensation salutaire qui s’était installée, et l'inconscient fait irruption sous forme d'imaginations irrépressibles, d'onirisme, donnant lieu à des états d'excitation qui, dans certaines circonstances aboutissent à une aliénation mentale durable, à moins qu'elle n'ait auparavant poussé au suicide.

En dehors des risques inhérents au traitement, l'inconscient peut devenir dangereux lui même.

Une des forme les plus fréquente que revêtent les dangers qu'il fait courir, c'est la détermination d'accidents. Un nombre d'accidents de toute nature, beaucoup plus considérable que le public ne le pense, répond à un conditionnement psychique.

 

Un fonctionnement défectueux de l'âme peut porter au corps de notables dommages, de même que réciproquement une affection physique peut entraîner une souffrance de l'âme. Car l'âme et le corps ne sont pas des éléments séparés.

 

Mais ce serait une erreur de ne mettre en relief que le cote défavorable de l'inconscient. Dans les cas courant, celui ci ne devient défavorable que lorsque nous sommes en désaccord avec lui, donc en opposition avec des tendances majeures de nous même.

L'attitude négative à l'adresse de l'inconscient, voire sa répudiation par le conscient, sont nuisibles dans la mesure où les dynamismes de l'inconscient sont identiques à l’énergie des instincts.

Par conséquent, un manque de contact et de liens avec l'inconscient est synonyme de déracinement et d’instabilité instinctuelle.

 

Mais si l'on réussit à établir cette fonction dite transcendante, la désunion avec soi même cessera et le sujet pourra bénéficier des apports favorables de l'inconscient. Quand cette désunion cesse, l'inconscient accorde toute l'aide et tous les élans qu'une nature bienveillante peut accorder.

 

L'inconscient est constamment en activité ; il élabore sans cesse ses matériaux et leur intrications en vue de la détermination de l'avenir. C'est pourquoi l'inconscient peut être pour un Homme un guide sans pareil, à la seule condition qu'il sache résister aux séductions (?).

 

Chacun peut acquérir à sa manière, dans le vocabulaire qui lui est accessible et conforme à sa nature mentale, ce dont il a besoin.

 

 

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